Extrait du message de Danièle Housset présidente dhonneur de la fédération EFA :
« Aux parents qui espèrent des nouvelles de leur enfant et qui se sentent impuissants, coincés en Europe, le seul espoir passe par les recherches et laide sur place qui s'est mise en place et à qui ils doivent faire confiance. Malgré leur souffrance infinie, ils comprendront sans doute aussi que les communications, difficiles, doivent en priorité être laissées à ceux qui sur le terrain sauvent enfants, hommes et femmes, les uns après les autres et tenteront de les réinstaller avant même de les recenser personnellement.
Je pense aux enfants originaires de ce pays qui ne manquent pas d'avoir vu les images terribles qui nous parviennent et entendu les commentaires qui les accompagnent.
Je crois que les enfants, peut-être pas tous, vont penser qu'ils auraient pu (du) être là-bas, y périr dans la catastrophe et se sentiront coupables d'être en vie, comme c'est souvent le cas lorsqu'il y a un grand nombre de décès. Dans leur cas, de plus, certains seront fous d'inquiétude pour leurs familles dont ils se souviennent, la majorité s'inquiètera pour le moins de ses petits copains de la crèche, des nounous...
Il ne faudrait pas que certains parents croient les consoler en leur disant qu'ils ont de la chance d'avoir quitté leur pays avant le séisme, (donc la chance d'avoir été adopté) et d'avoir échappé à ce malheur. Il ne faudrait sans doute pas non plus qu'ils croient les guérir par des dons qu'ils enverraient aux associations humanitaires qui vont déployer leurs aides. Il va leur falloir beaucoup de patience et de persévérance dans un dialogue que peut-être ils ne pourront pas engager seuls.
Le seul réconfort actuel est sans doute de faire en sorte que ces enfants-là aussi aient des nouvelles des endroits où ils ont vécu, dès que cela sera possible.
Je sais que les parents de ces enfants doivent eux-mêmes être désorientés et catastrophés en pensant aux personnes qu'ils ont rencontrées, avec lesquels des liens particuliers sans doute se sont noués, mais ce sont leurs enfants qui me semblent les plus fragiles./
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Il me semble que c'est du même ordre d'importance que de rassurer les familles qui connaissant déjà l'enfant qu'elles attendent. »
Les enfants adoptés en Haïti doivent être entourés: les images qu'ils ont pu voir, ce qu'ils auront entendu, tout cela peut les renvoyer à leur lieu de naissance, à la famille qu'ils ont encore, pour certains, là-bas, créer des angoisses, des sentiments de culpabilité. Les familles (parents et enfants) trouveront de l'entraide et du soutien au sein des associations départementales.
Vous trouverez ci-dessous article de la Charente Libre daujourdhui. Anne Kerjean, la journaliste qui témoigne dans cet article était ce matin sur France-Info pour dire entre autres combien il lui est douloureux de parler de cette catastrophe avec ses enfants adoptés en Haïti.
HAÏTI: SECOUSSES EN CHARENTE
15.01.2010
Ismaël KARROUM I i.karroum@charentelibre.fr
Un silence aussi assourdissant que le fracas des immeubles. Pas de nouvelles et linquiétude, les questions qui résonnent. Sont-ils vivants? Sont-ils blessés? Les secousses du terrifiant séisme qui a plongé Haïti dans le chaos, mardi soir, ont des répliques jusquen Charente. Et pas seulement pour la vague de solidarité et de compassion qui est en train de naître.
Haïti est en effet le principal pays dorigine des enfants adoptés par des Français (1). En Charente, plusieurs familles ont adopté de petits Haïtiens, conservant des liens indéfectibles avec ce pays, lun des plus pauvres du monde. Dans ces conditions, limpact frappe en plein cur. Si intensément que Françoise Chaigne, une Barbezilienne dorigine aujourdhui médecin installée près de Libourne, prendra lavion dès demain pour se rendre auprès des sinistrés. Aider, soigner, réconforter... Mais aussi tenter, coûte que coûte, davoir des nouvelles dArthur, lenfant quelle est en train dadopter. Son enfant. «Je nai aucune nouvelle de lui», dit-elle, la voix étreinte par lémotion.
«Pour Arthur, je ne sais rien»
De lorphelinat Notre-Dame-de-la-Nativité où vit Arthur, elle ne sait que peu de choses. «Il est complètement détruit apparemment. Je sais que certains enfants sont vivants. Jai appris que dautres sont décédés. Mais pour Arthur, je ne sais rien.» Demain, Françoise Chaigne prendra place dans lavion dune ONG spécialisée en interventions dans le cadre de catastrophes naturelles. «On aura du matériel, des médicaments, dit la jeune femme. Sur place, jessaierai de voir Arthur», espère-t-elle, croisant les doigts pour que son mari, de son côté, réussisse à obtenir un visa humanitaire pour le petit homme.
Ses enfants, Anne Kerjean, notre consur du service des sports de Charente Libre, les a près delle à Roullet. Mais depuis mercredi matin, elle na pas encore eu la force de dire à Charlotte et François ce qui se passait. Meurtrie, elle tente davoir des nouvelles de lorphelinat où ses enfants vivaient il y a encore quatorze mois. Et de Lydia, une adolescente de 15 ans quelle parraine «pour quelle puisse aller à lécole». «Jai passé quinze jours là-bas à lorphelinat quand je suis allée chercher les enfants. Vingt-quatre heures sur vingt-quatre. A aider, moccuper des autres enfants qui y sont encore, les consoler, voler des Vache qui rit pour leur donner à manger quand ils avaient faim. ça crée des liens. Quand on a vécu ça, on est un peu haïtien soi-même.» Ses enfants y ont encore de la famille, oncles, tantes, cousins, cousines. Le téléphone reste désespérément muet. «En revanche, je sais que Jacmel, une ville pas très loin, est rayée de la carte.» Pas de quoi faire naître une lueur despoir.
«Cest un pays maudit»
Sur internet, les réseaux sorganisent. Parents pour qui ladoption est en cours ou bien déjà finalisée, tous mutualisent leurs efforts pour obtenir ne serait-ce quune bribe dinformation sur les enfants qui vivent à lorphelinat. Et répondre à la première de toutes les questions: mort ou vivant? Une question désespérément quotidienne dans ce pays. «Quand jattendais mes enfants, je tremblais à chaque cyclone, chaque coulée de boue, chaque fois que le téléphone ne passait pas pendant deux jours», se remémore Anne Kerjean. «Cest un pays maudit», souffle-t-elle. Un pays où lespérance de vie est dune cinquantaine dannées, où lon ne meurt jamais de vieillesse, toujours de maladie, de faim ou violemment. «Où les parents aiment vraiment leurs enfants et les confient à ladoption pour quils aient une chance daller à lécole, de manger chaque jour».
Un pays où, il y a deux ans, un cyclone a fait 900 morts, «alors quil ny en a eu quun à Cuba, juste en face». Comme si le séisme de mardi avait transformé le mouroir dHaïti en cimetière.
(1) En 2009, 651 enfants haïtiens ont été adoptés par des familles françaises. Haïti devance lEthiopie (445), le Vietnam (308) et la Russie (288).